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Présentation des chants
(pour les écouter, cliquer sur l'item "Chants" du menu ci-dessus)

Les dohas

Il y a dans la tradition des chants mystiques de l'Inde ancienne trois types d'œuvres:
-  le doha, dont le nom vient de 'indien de "deux", parce que souvent composé en couplets rimés ;  le plus souvent totalement spontanés, la versification des dohas peut être irrégulière, avec ou sans rime. Leurs thèmes seront philosophiques - il ne faudrait pas s'arrêter à leur seule puissance poétique - ou exprimer des pensées personnelles, réalisations, instructions, etc.
- le chant de vajra (vajragiti) ;
- le chant dit de performance (caryagiti).
Carya- et vajra- giti sont généralement utilisés dans le contexte de ganacakra, et peuvent être d'une inventivité plus complexe, résultant d'une préparation. Ils utilisent des métaphores et sont souvent cryptiques, difficiles à comprendre. Ils ne sont donc pas à proprement parler spontanés. Souvent, de la musique (composée préalablement) et des danses chorégraphiées les accompagnent. On peut voir au Népal où il y a encore une tradition vivante de ces chants, qu'ils peuvent faire partie de rites de longue durée où les répétitions, les répons, se succèderont pendant des heures. Beaucoup de leur textes originaux ont été perdus, mais une compilation, appelée Caryagitikosha (Trésor des chansons de performance) existe toujours. C'est probablement la plus ancienne compilation dont on dispose à  ce jour. Sa création est  estimée remonter  à un millénaire. Certaines des paroles du Caryagitikosha semblent avoir été rendues en vieux bengali à partir d'autres langues indiennes (Assamese, Oriya, Maithili, etc.).
Vajragitis et  caryagiti se distinguent donc des dohas par leur contexte d'interprétation et éventuellement par leur fonction.

On trouvera sur YouTube un chant de dévotion-spontanée par  Parvathy Baul. La chanteuse bengalie attribue celui-ci à un compositeur du VIIème siècle qu'elle nomme Busuku', qui était un surnom de Shantideva. Elle précise qu'il s'agissait d'un bouddhiste, et avant de l'interpréter, que malheureusement la mélodie originelle a été perdue, tandis qu'elle en chante une de son cru. Parvathy Baul elle-même appartient  à la  vieille tradition tantrique bengalie, des baul. Les bauls  sont connus pour leurs chants improvisés et il n'est pas déraisonnable de penser que l' interprétation proposée ici se rapproche de la manière dont les dohas ont pu être chantés

Selon l'enseignement de Karl Brunholz que je remercie aussi pour sa relecture de ces 'Remarques" et  m'avoir orienté dans les textes tibétains existants.



Nos chants

Après avoir lu une introduction où la tradition indienne s'avère si présente,  même des lecteurs bienveillants pourraient être déroutés par les chants présentés ici. "Tango des yogis", "Happy Ending" et autres, leurs titres sont  à l'avenant du contenu, traductions du tibétain plus qu'en dehors de tout académisme. Cela mérite une explication.
Cette habitude de mettre en musique des dohas indo-tibétains remontent aux années 90-95 (du moins selon on expérience limitée.)
Rimpoche basait régulièrement ses enseignements sur les chants mystiques tibétains avec une prédilection pour Milarepa. Il trouvait naturel de demander ensuite à ses disciples -nous étions une école de traducteur après tout !- d'en chanter une  version dans leur langue.
Rimpoche,  indifférent au registre musical qu'ils allaient employer,  rappelait inlassablement qu'ils étaient l'expression du son-vacuité.
Il faut savoir que Rimpoche demandait des interprétations -chantées donc- pour l'enseignement du jour suivant, quelque fois même, pour les plus courts, sur le champ.
Non musiciens à une ou deux exceptions, nous étions donc soumis à une  urgence (qui n'allait pas sans déboucher sur des scènes quelque fois cocasses, rimpoche  étant le premier à rire). Nous faisions la plupart du temps le  choix de mélodies issues de  notre culture musicale occidentale et populaire.... Ainsi naquirent un"Tango du Yogi" et autres titres musicaux improbables. Ce n'en sont pas moins des émanations des Moyens habiles de Khenpo Tshultrim Gyamtso Rimpoche. Certains nous ont accompagnés toute notre vie, et ce mode de fonctionnement nous convenant, nous apprenions par cœur et sans effort plus d'un chant mystique tibétain !
Par la suite, des étudiants musiciens de rimpoche se saisissant de l'opportunité représentée par l'existence à la fois de textes et de mélodies les accompagnant, et en même temps, véhiculant la philosophie bouddhiste, offriront des chansons mieux mises en forme, en prenant cette fois-ci leur temps et c'est ce que vous trouverez sur ce site.
Puisse l'auditeur d 'aujourd'hui  y entendre l'alliance du son et de la vacuité.
Sarva Mangalam